samedi 9 février 2019

FLUX ET REFLUX



L’éprouvé de ton regard, un abîme !

Égarée dans les affres de la passion,
La montée d’une profonde amertume
Menace d’emporter toutes les digues.

Au puits de la désespérance,
Mes yeux s’abreuvent d’une eau cristalline.
Un mascaret d’émotions s’épanche !

Cette innocente rosée
Se dépose au ras de cils vibrants,
Inonde mes joues diaphanes,

Aborde des lèvres arides,
-Assoiffées de baisers-
S’évanouie dans une cruelle viduité.


Un flot de sanglots secs… je sombre.

                                            Hélène mariau

jeudi 6 décembre 2018

TRAITS D'UNION




                                                      

Le blond Phébus joue à cache-cache, la rue de nuages poétise cette douce après -midi d’arrière-saison.

Tête-en-l’air, je siffle un vers d’oreille en m’acheminant piano-piano vers mon rendez-vous familier : Au Passe-Temps, en plein centre-ville. Montre en main, il est quatre-heures, l’en-cas ne saurait attendre. Passé la large porte-fenêtre, l’odeur du brûle-parfum me titille les narines, une huile essentielle anti-moustiques. Sur le bar, un rat-de-cave sur son bougeoir en fer forgé, un porte-œufs chromé à 6 places, le précieux tire-bouchon, le journal, quelques magasines et des Saint-Joseph, d’un doux orangé. Le calendrier de la poste, accroché au mur, à côté des w.-c. Devant le comptoir, quelques tabourets à quatre pieds. Dans la salle, au carrelage cabochon en terre cuite d’un brun terni, des petites tables en bois disposées çà et là, à la hauteur idoine, le petit écran. La patronne m’accueille, l’essuie-verre à la main ; Martine et Jean-Paul, son mari ont leur franc-parler, de braves gens.

Pause-café, café -crème et ma langue me dit vas-y, vas-y ! Le quatre-quatre est trop bon, pas comme cet étouffe chrétien que je m’oblige à manger religieusement chez  ma sœur pour ne pas froisser mon beau-frère, ce gâte-sauce ! Je lorgne aussi sur des cuisses-madame qui me font bien envie. Plus tard !

Je goûte, re-goûte la volupté de la vie, le bien-être de l’œil !

Elle est là, mamie Lucette, tricotant tranquillement. Son sachet-infusette citron-menthe déjà plongé dans son mug. Je l’aime bien cette grand-mère, de fil en aiguille, elle vous raconte des « en ce temps- là ».Vous êtes alors tout yeux tout oreilles.

Ce n’est pas un lieu washi-washa, toujours est-il que je me souviens de ce bel-esprit habillé à quatre épingles, connaisseur de belles-lettres, repéré avant-hier ; assis sur un tabouret, le Vert-galant ondule vers une éventuelle bien-aimée. Ivresse amoureuse encouragée par quelques fines bulles : un Mort dans l’après-midi, il ne se refuse rien. Même pas peur, comme dit mon neveu ! Il a laissé de côté – à ce qu’on a ouï-dire – la demi-mondaine au fume-cigarette fréquentant la maison de fois à autre ; à l’accoutumée, elle sirote son martini, absorbée par des romans à l’eau de rose.

Au comptoir, un doux pelleteux de nuages, un songe-creux, il pense à contre-courant ; poète idéaliste, il fait florès auprès de la patronne, admirative de son bien-dire, l’espace d’un entre deux verres – vers, elle-même s’évade à des années-lumière de son bar.

Une dame respectable entre, s’assoit et dévisage avec son face-à-main la clientèle. Scintille la pierre précieuse d’œil-de-chat, enchatonnée sur une bague en or gris, portée à l’index de sa main droite... un port avant-coureur d’autorité. Ses vêtements sont loin  – passez-moi l’expression – du décrochez-moi ça : tailleur ultra-chic, sombre, joliment assorti d’un chemisier en soie gorge-de-pigeon. Elle doit avoir une garde-robe très riche. Elle s’exprime avec hésitations trahissant un fort accent anglais. Sur-le-champ, elle dégage une méchanceté railleuse; une commande à l’emporte-pièce, son air pince-sans-rire éloigne tout rapprochement hâtif, cela s’entend. Sa présence dans ce lieu m’intrigue : une envie pressante de tea-time ? Non, un sherry-cobbler… Martine a de la bouteille, son tumbler est apporté à table subito-presto.

Le vieux Monsieur, voisin du bar, un retraité, ex- cheminot de la ligne Paris-Lille vient faire son PMU ; il ôte son couvre-chef – ah, le savoir-vivre ! Il est coquet, l’agréable parfum de son après-rasage se répand dans le bar. Il s’installe. La patronne l’entretient de la pluie et du beau temps puis lui sert son Saint-Emilion,  pas de gros-bleu chez Jean-Paul -- et un casse-croûte.

Roger, l’un des commerçants de la grand-rue, est le demi-frère du patron ; dans sa boutique, se côtoient pêle-mêle des trésors, objets rares, du bric-à-brac, c’est-à-dire quantité d’attrape-nigauds. En le voyant, le patron a posé sur le comptoir la Marie-Jeanne, le tord-boyau maison, d’après les on-dit. Roger est si boute-en train, un touche-à-tout, mais avec lui, pas de croque-en-jambe. Ils vident leurs verres d’un trait.

Un casse-pieds vient s’attabler vis-à-vis de moi. Il passe du coq à l’âne, bafouille un méli-mélo d’idées pâteuses ; ses paroles sont un non-sens. Son haleine empeste, je suis pris d’un haut-le-cœur, il a bu à tire-larigot. Il m’impatiente ! Ça sent le pousse-au-crime, croyez-moi ! Ne vous aveuglez pas, ce n’est pas du mauvais alcool dont je vous parle, vous voyez mieux ? Il est sauvé… il se lève. Arrivé au tiroir-caisse, il crie et accuse Martine de vol au rendez-vous quand celle-ci encaisse les boissons. Croyez-moi, avec la patronne, c’est toujours compté ric-rac ! Jean-Pierre, échauffé par Marie-Jeanne, n’est pas loin du corps-à-corps. Les deux hommes jouent au boute-hors ; il devrait faire attention le boit-sans-soif, le patron a été trois-quarts centre dans son jeune temps, il ne fait pas dans la demi-mesure ! Nul besoin de lui prêter main-forte ! Enfin, ils se calment, le casse-bonbons se sauve en maugréant.

Le policier municipal pénètre brutalement, un fric-frac a eu lieu, il recherche le hors-la-loi … pas le temps de faire une « halte-là » !  Il est sur le qui-vive et repart aussitôt. Moment trouble-fête ! Un faciès interlope n’a pas croisé notre chemin. Dans la rue, un tohu-bohu de voitures.

Sous peu le week-end, les fêtards franchissent la porte d’entrée, fiévreux. Un type avec son huit-reflets, sans-gêne, chante à tue-tête. Réaction mi-figue, mi-raisin de Jean-Paul sans quoi l’ancien rugbyman lui aurait proposé un brûlant tête à tête, pas en porcelaine celui-là !! Il aurait vite fait volte-face, n’est-ce-pas ? Une jeune fille en mini-jupe blanche, chemisier gris-noir, dont la voix aigre m’indispose – une espèce de pie-grièche--  l’accompagne, bras dessus, bras dessous avec une demoiselle tout aussi court-vêtue. À côté d’elles, en toilette criarde, laissant derrière lui un sillage embaumé, un soupirant … Ventre-saint-gris, comme disait Henry IV, plutôt un jeune muguet ! Lucette me jette une œillade sous-entendue. À la va-vite, un café sur le pouce et la joyeuse troupe se tire des flûtes (une telle expression, pour rester dans le milieu du breuvage !!)

Arrive le blanc-bec du village, l’habitant du lieu-dit Le Terrier, un ramasse-ton-bras comme pas un ; il fanfaronne, plastronne, prend des airs avantageux  mais c’est un prétentieux sans moyens ; un brin paumé, mi- ange, mi- démon, un lève-tard de sa génération, adepte des repas-minute, soupe au lait. Pas question de le prendre à rebrousse-poil ! Il ne faut pas grand-chose… un regard de travers et les coups-de-poing s’agitent. Un tout-fou ! Sa boisson : une pale-ale. Je l’observe mi- attendri mi- amusé.

Dans un coin, à l’écart, un trentenaire, à vue d’œil. Jusque-là, il était demeuré sur son quant-à-soi, plongé dans un journal. A mon hochement de tête amical, il salue à grand-peine avec un sourire timide. Peut-être nourrit-il des souvenirs plein de charme ou est-ce des crève-cœur ? Si j’osais, je lui offrirais un petit verre d’esprit-de-vin pour soigner ces maux. Tout à mes pensées, je tressaillis lorsque le patron empoigne mon avant-bras. Il s’assoit et nous sommes pris d’un fou-rire. Il m’invite à trinquer, porter un toast – je le comprends à demi-mots. Il me verse une généreuse rasade d’eau-de-vie ;  je ne crains pas un casse-patte, je redoute par-dessus-tout, un Trois-six, car ça va chauffer à tout-va : griserie d’une folle après-midi ! Fort heureusement, ce pousse-café est vieilli à souhait, juste ce qu’il faut pour avoir un goût de reviens-y. Nouvelle tournée du patron, allons-y pour la rincette ! Ci- devant émoustillé par la Marie-Jeanne, la langue de Jean-Pierre se délit. À brûle-pourpoint, il me confie, entre deux amuse-gueule, qu’il va être grand-père ; sa belle-fille attend son nouveau-né pour le mois prochain, une Cendrillon ou un petit Diablotin, blague-t-il  - à dorloter sans modération ! Le bien-aise se  lie sur son visage. Quelle confidence ! J’en suis fier… pas de faux-semblant d’amitié Au Passe-Temps.  

Quand je sors du bar, à peu-près sobre, le ciel est balayé par un Zéphyr rafraîchissant – un agréable remontant, sans alcool ce coup-là ! Une belle et jeune trotte-menu traverse la route accompagnée d’un chow-chow. A son passage, je me range sur le bas-côté et me saoule d’une exquise senteur, envoûtante (le sent-y bon de ma chère mère quand j’étais enfant) ; sur son front, des accroche-cœurs. Elle est un arc-en-ciel, ce clair-obscur propice au rêve d’une rencontre où je lui offrirai un Coucher de soleil doré ou une Rose de la nuit. Je ne suis pas un croque-madame. Si je donne parole, ce n’est pas un écoute-s’il-pleut. Je veux juste un douillet et tendre pied-à-terre à partager. Elle s’éloigne. Vais-je la revoir ? C’est une quasi-certitude, je croise les doigts, un soi-disant porte-bonheur… 

Je suis un Roger-Bontemps, je me moque du qu’en-dira-t ’on. Au Passe-Temps, des traits d’union, composites, familiers, subtils se forment ; le train-train ordinaire, le mal-être sont ponctués par des intermèdes salutaires. Ainsi, passe la vie dans un va-et-vient de rencontres, de sentiments, d’émotions où chacun peut à plaisir fraterniser. Tous les à-côtés que j’aime.



jeudi 1 novembre 2018

LE MESSAGER AUX MILLE VISAGES




L’  explorateur libre, déroutant et créatif.

I    nvite l’égaré à affronter ses peurs les plus abstruses,

N  éantisant tout de lui, sur lui et en lui, ce dernier

C   ache sa vulnérabilité sous un masque de déni, en

O  ccultant les blessures profondes de son enfant
         intérieur.

N  otable mnémoniste, hôte pérenne de notre corps et
         esprit

S   onde les pensées les plus secrètes, ravive angoisses
         et traumatismes, 

C   hagrine la conscience privée de libre arbitre.

I    ncontournable révélateur d’une relation à l’intime 
          insoupçonnée,

E   nfouie de vieille date, le douloureux éclairage 
          tant et plus afflige l'égaré, qui

N  on sans peine, dans un maelström d'émotions et
           de sensations,

T   ente d’achever cette quête tourmentée 
            l’approchant de son authentique nature.
          

          Hélène mariau









            

jeudi 20 septembre 2018

LE SOURIRE DE L'ÂME




Mon sommeil se nourrit de tendres pensées
Pensées aux couleurs chatoyantes, secrètement
   hébergées
Hébergées dans l’herbier de mes songes
Songes bucoliques d’une nuit d’été
Eté des tout premiers baisers.

Baiser « papillon » au vol innocent, effleurant…
Effleurant timidement ma joue rosie de plaisir
Plaisir affriolant, frôlements plus audacieux
Audacieux à souhait, emplis de divines promesses.

Promesses de souffles mêlés, de lèvres frémissantes
Frémissantes, pareilles…
Pareilles à une fleur fraîchement éclose, elles goûtent
Goûtent la saveur d’un baiser fiévreux.

Fiévreux - nos corps adornés de rosée, ivres
Ivres de caresses, s’aiment tendrement -
Tendrement enlacés, un indéfectible bonheur fleurit 
  mon cœur
Mon cœur, ce doux rêveur, la voix de mon âme.

                     Hélène mariau

dimanche 3 juin 2018




                                PETITE MAMIE 
  

Petite Mamie tartine

-            Ses biscottes,

Qui patientent, en rang serré, dans leur boite en fer. Au petit déjeuner, avec discipline, elles se plient – mais pas trop – à son sacro-saint régime "confiture maison".  

-              Son visage riant,

Où de profonds sillons révèlent les griffures du temps. Plis d’amertume, plissés du soleil, marques de l’oie ou du Roi de la Savane, peu importe l’expression ! Le précieux miroir l’accueille plein de mansuétude.

-            Son journal intime,

Dont les pages innocentes, assoiffées d’une écriture en belle ronde lui procurent un étourdissant vertige ; ce vide à force d’appel réussit à instaurer le dialogue avec elle-même. Jouissance de l’instant où le papier boit goulument mots après maux !

Les journées se répondent avec leur provende de plaisirs simples.

C’est dans ce moment qu’une rabat-joie s’invite. Elle déclenche un éclatant hourvari et brise les ressorts de l’âme. 
En un mot comme en cent, la senescence vient de s’asseoir à la table de Petite Mamie. Pourvu qu’elle n’y fasse pas bombance ! Impatiente de s’éployer, cette vilaine agrippe déjà ses mains, faisant trembler toute la maisonnée : les biscottes perdent leur intégrité, le reflet du miroir pleure sur le visage défait, granuleux et le journal intime fait son deuil d’un écrit régulier.

Dès lors, l’aurore devient valétudinaire. L’assurance de Petite Mamie chancelle mais elle ne tombe point ! Elle tartine à nouveau. Sur le cahier de sa vie, d’un geste grave, auguste, naît une note émouvante :

Tartiner - Verbe.   
                                                                   
                  Action d’étaler au sens propre ou familier

                 Pour tous, un geste quotidien anodin parmi tant d’autres.
                 Quant à nous, les Petites Mamies, bien au-delà de la définition, Tartiner est le signe d’une bienveillante autonomie qui réchauffe notre univers si solitaire et l’anime d’un vif sentiment d’alacrité.

  Les jours se diapreront d’ombre et de lumière. Petite Mamie cherchera tous les moyens de chagriner cet infrangible destin.

Hélène mariau

mercredi 21 mars 2018

AU NOM DE TOUTES LES ROSE



                        

Rose,
Un petit bouton pur et innocent, cueilli dans l’aiguail d’un clair matin,
S’épanouit dans l’intimité d’un jardin romantique.
Des désirs suaves, parfumés, à peine sauvages l’effleurent.
Un souffle de tendresse délicat et sensuel envahit son âme.
Elle goûte à la fraîcheur des sentiments amoureux et la verdure des ans se pare de rouge passion.

Pauvre volubilis ! Elle est à la lisière !

L’esprit fallacieux du galant ne tarde point à éclore. 
Sa conquête portée en boutonnière !
Il fleure l’infidélité qui parsème l’esmail d’une séduisante prairie.
Sous le faix du chagrin, Rose s’affaisse, ploie.
Des rosées de larmes glacées perlent sans fin… son teint se flétrit.
Le calice d’amertume est bu jusqu’à la lie.

Adieu serment d’amour !                                                    
Naïve marguerite aux pétales labiles !

Rose,
Fleur de l’amour, femme face à son destin,
Héroïne éponyme de ces tragédies ancestrales !
D’épineux souvenirs cultivent sa souffrance.
À la croisée des chemins, un dilemme sème le trouble :
Se relever, récolter le plaisir ou bien
Se recueillir à jamais puis s’envelopper de solitude…

                            Hélène mariau


lundi 26 février 2018

DESTINÉE



                 (Oeuvre de Émily Balivet )

Penchée sur le berceau de l’humanité, Léto et Héra président à ma naissance.
Une déesse est née, ta déesse !
Je m’épanouis auprès de toi, Hélios, mon père, le soleil de mon cœur, bercée par ton visage rayonnant.
Je découvre Gaïa.
Sous les auspices d’Athéna, au fil du jour et de la nuit, nous tissons une toile de vie forte, combattante et sage.
Une lumière coruscante, apaisante, protectrice, baigne mon univers, écarte la froidure de mes mornes hivers.
Je m’éploie dans une atmosphère émolliente, savourant chaque instant d’une véritable épopée.
Tu deviens mon fanal, le passeur d’un monde de savoirs, de valeurs et d’émotions.

A l’aube d’un nouveau jour, éclot une pensée obscure et lancinante sur l’origine de mon histoire.
Et lorsque j’épanche tout mon cœur devant toi, ton char te conduit si loin, aux confins de l’inaffection…
Que mon ciel intérieur s’assombrit brusquement.
Non seulement tu ne brilles plus mais tu refuses de m’éclairer !
Dans les bras de Morphée, il m’est doux de rêver à toi, consolant ma peine.
Ô cruelle et ineffable réalité !
Telle Elpis, dans la boite de Pandore, je demeure solitaire et fragile.
L’espérance, atroce tourment gardé au fond de moi – même !
À trop vouloir vénérer Harpocrate, tu me plonges dans les ténèbres.
Je côtoie Achéron, m’empoisonnant de souffrances et de douleurs,
Les souvenirs heureux me blessent, les cicatrices saignent !
Mnémosyne, accède à mes prières, oublie-moi !

Notre toile s’achève, enchevêtrée dans des lacis de regrets, d’histoires, et de non-dits.

Les aubes languides trainent mon désespoir.                  
Ma fin incréée se trouve entre les mains de Moïra.

             Hélène mariau