vendredi 19 avril 2019

SANS " E " OU SANS " OEUFS "






  
À L’AFFÛT DU E, TOUT MOT FUT POURSUIVI, CHOISI POUR POUVOIR BONDIR DANS MON CORBILLON. LA MOISSON LIVRA UN TAPUSCRIT OVOÏDAL « SANS E » MAIS PAS « SANS ŒUFS »
                                JOYEUSE FÊTE DE PÂQUES !!
   

   Hélène mariau 

jeudi 4 avril 2019

FAIRE DES PETITS PAINS



Faire des petits pains, expression d’hier signifiant flirter.
Flirter, séduire, un moment à deux où le cœur parle.
Chacun son langage tel qu’il l’aime, tendre énamourée!


-         LE CHARME DU FRANÇOIS (ANCIEN FRANÇAIS)

·       Le fin’amor, l’amour courtois : extrait de la chanson Pus vezem de novelh florir d’un troubadour, Guillaume IX d'Aquitaine, laisses II et V11 
D'amor non dey dire mas be.
Quar no n'ai ni petit ni re ?
Qua ben leu plus no m'en cove ;
Pero leumens
Dona gran joy qui be•n mante
Los aizimens
D'amour je ne dois dire que du bien ;
si je n'en ai ni peu ni prou,
c'est peut-être que je n'en dois pas avoir d'avantage ;
mais je sais qu'il donne aisément grande joie à celui qui observe ses lois.



·       Affinons le vocabulaire par cette historiette (inventée par votre humble serviteuse !)… pour tous les rendez-vous galants.

Nos somes sis vinz dedanz un       Nous sommes 120 dans un grand

grant chastel . Li ber de Bretag     château. Le baron de Bretagne
atrique uns baule. li chevalier,li    organise un bal. Les chevaliers,
baron, li conte, les dames,             les barons, les contes, les nobles
damoiseles,les puceles,li                dames, damoiselles, jeunes filles,
damoisels et  li vaslet carolent.     les damoiseaux et jeunes hommes
                                                       dansent.
Dame Cunégonde, ele est bele !    Dame Cunégonde, elle est belle!
Uns gentil chevaliers, messire      Un gentil chevalier, seigneur 
Arthur,  orguillex , mout plesant,   Arthur, téméraire, très plaisant
gloriex, ne cessoit la                      glorieux, ne cesse de la flatter avec
blandir avecques dolceze, par        douceur, par des paroles
blandicieuses parolles. Il dit : « je   flatteuses. Il dit : " j'aime 
parame celle qui me belist.             passionnément celle qui me charme.
Mescreez me vos ? Cunégonde      Doutez-vous de moi? " Cunégonde
se contorbe, son vis vermeilly.       se trouble, son visage rougit.
Ele grondi : « vos estes entendu     Elle murmure: " Vous êtes attendu
empuer, dedanz les jardinages        dehors dans les jardins
por jamboier. Il li a respondu          pour se promener. Il lui a répondu
Aioire !! Il cuidoit estre belior.       en exprimant sa joie !! Il croit 
Cunégonde, sa belesse, la               être le plus beau. Cunégonde, sa 
estuee, l’avesproisons, est              beauté, la chaleur, la tombée de la nuit
baisiers.                                           invite au baiser.
                                                                
                                                               
           (La fin de l’histoire ? Je vous laisse toute liberté et me permet juste ces quelques pensées)

Baisier d’avril… anquenuit,                L’acte amoureux… aujourd’hui,
l’endemain ?                                         demain ?
Hé ! Cuerte ! Nos devons estre        Hé ! Petit cœur ! Nous devons
cortois ! Merchi.                                  être courtois ! Merci.
L’amor est grante !                              L’amour est grand !





-         TOUT UN REGISTRE

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·   Je t’aime, je suis amoureux de toi, je suis fou de toi,
      je te respecte, j’ai besoin de toi, je te soutiens (langage courant)
·     Je vous chéris, je suis épris, j’ai des profonds sentiments à votre égard (langage soutenu)
·    Tu  me bottes, j’te kiffe grave, je suis dingue de toi (langage familier)
·     Je te contre-aime = je t’aime aussi ; je m’enamoure (mots oubliés)





-         LE CODE AMOUREUX – LA LANGUE DES OISEAUX 

Cette langue des oiseaux a été de tout temps utilisée pour envoyer un message secret. Ajoutez le mystère aux mots dédiés à votre bien-aimée, par des jeux de mots, jeux de sonorités et de sens !

·       Un petit espace vers (= poème) sans prétention.


    ATTENTION*                    TENTATION


J’aime la fortune*        J’aime là fort une
Précieuse,                    Précieuse,
Merveilleuse.               Merveilleuse.                           
Je suis un as*,              Je suis* un coeur solitaire,                              
Epris d’une évasion*      Épris d’une belle de jour et de nuit
Financière.                   Financière*.                        
Je suis un corbeau.*      Je suis* un corps beau.
Accueille-moi,              Accueille-moi
Univers !                      Unis vers
Le désir brûlant            Le désir brûlant
De se retrouver            De se retrouver
Oh ! Mon trésor !          Oh ! Mon trésor !
Les mois*                     L’émoi
De bonheur.                 De bonne heure.

*Anagramme : attention / tentation
*Scission des syllabes : fort/une ; cor/beau ; uni/vers ; bonne/heure
*Différents sens des mots : as = le meilleur et de cœur ; évasion dans le sens d’intérêt et une évasion (faire la belle de jour comme de nuit) = belle le jour et la nuit = dame ; financière = épouse d’un banquier ; corbeau = homme d’affaires ; je suis= conjugaison du verbe être et suivre.
*Homonyme : les mois / l’émoi


·       Une lettre célèbre

(Alfred de Musset écrit à George Sand :))

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez- vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

(Réponse de George Sand :)
Cette insigne faveur que votre cœur réclame 
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

Ne retenez que les premiers mots de chaque phrase et le message deviendra très clair.

 -         TOUT EST DANS LA FIGURE … (pas la vôtre du moins ici, car il ne faut pas négliger le langage du corps)… DE STYLE  




Pour éviter d’éroder votre amour, liste – non exhaustive- qui redore vostre Amor. (eroder = redore, un joli palindrome !)

Amour, je ne te hais point !               
Amour, je t’apprécie !            (Anaphore et litotes)
Amour, tu ne m’es pas indifférente !   
Vous êtes le soleil de mes nuits,          (Oxymore)
L’astre de mes jours !                       (Périphrase)
Mon cœur se consume d’amour.       (Métaphore)
Belle comme une déesse,                 (Hyperbole)
Votre corsage si parlant me
                   bouleverse.                 (Personnification)
Je veux vivre, je veux mourir pour vous.  (Antithèse)
Tendrement, vous aimez, m’émeut.  (Anastrophe)
Mon petit chou, mon petit
                    poulet!           (Métaphore « culinaire »)


Les maux de la faim ou les mots de la fin : une faim d’amour non comblée peut vous KC alors AC, AJC pour votre DS.

            Que le feu se déclare !!

     100
    100   = mettre quelqu'un "sens dessus                                                 dessous", soit créer une vive 
                      émotion
                       ou "sans dessus dessous" soit
                       être nus !!

                    toux.jpg the_2.jpg pere.jpg mi.jpg



                                (Tout est permis :) )

Hélène mariau


              

 



                                      


                                      


          




                      
    


lundi 11 mars 2019

SE SOUVENIR DE SOI





À l’embryon que j’étais

De moi à toi, Merci
Petit poisson.
Heureux comme… non !!

Après une traversée en mère houleuse,
Ballotté de tourments dans un milieu hostile, évitant les écueils,
Tu désires atteindre les douces rives de l’amour.
Ce nonobstant, ton âme frémit d’angoisse
Aux abords d’une terre maternelle étrangère.

Contre vents et marées,
Tu te frayes un destin poignant.
Naufragé d’un lourd secret,
Petit poisson,
Tu nous as donné la vie !

                        Hélène mariau


dimanche 24 février 2019

KOI29


   







 (SMS D’UN ADO)


Daronne, G une teuf avec mes soces, AD a un appart trop soin je vais me mettre à la bien il est dar son nouveau jeu ça va être trop frais il a été overhypé quand il l’a reçu sa vie sera là avc sa bestah son keum askip il gère les bails mé aussi son cousin 1 boloss 1 rageux de chez rageux j’ui ai mis une grosse disquette cheh c’est golri ! G trop l’seum il va se taper l’incruste j’te tèje oim! askip ya dé gadji c de la peufra
 Keske  chuis déter on va s’enjailler se taper des barres
 1 peu de tise ça passe crème pas de bedot  Tkt ok
Le khey 2 AD a 1nouveau gamos j’avoue qu’elle claque il nous emmène dans sa vago pas besoin de lovés c’est lourd !
Ab1to

La daronne, n’a pas compris tout le message de son fils : une teuf, ok une fête quoi, dans un appartement très soigné. Sans doute, ils vont avoir un peu froid. AD est content de sa vie et bien tant mieux pour lui ; il a un cousin, mon fils sympa lui a donné une disquette, il aime l’informatique… Et que vient faire l’histoire de la lessive (ah Skip !) ; il y a quelqu’un qui travaille dans la location, il gère des bails. J’espère que mon fils ne va pas se droguer, des barres,de quoi … Et l’autre ?  Ils les emmènent où ? Comment ??
     
            (RÉPONSE PAR SMS)

Fais toi plaize, mon fils (expression que son fils utilise souvent– écrit-elle à moitié rassurée ; heureusement elle connaît AD et a le numéro des parents.

                 (SMS DU FISTON)

MDR

Maman est ravie, elle va jouer un peu elle aussi. Son fils décroche, le ton est quelque peu agressif : 
                                      
« OUI, QUOI ? (ne pas trop en dire quand l’ado est entouré de ses potes, il ne doit pas se taper l’affiche !:) )

-         Quoi, mais c’est toi qui m’a demandé de te rappeler …M.D.R. Merci De Rappeler


-         Silence à l’autre bout : j’y crois pas, t’es relou, m’man. ok j t’explique.

-         Fais attention à toi.

-         A tte. »
                          
  Histoire guacamolesque J J quoique…
  YOLO ! Ou CARPE DIEM ! (comme vous le souhaitez)


                  Hélène mariau













       






samedi 9 février 2019

FLUX ET REFLUX



L’éprouvé de ton regard, un abîme !

Égarée dans les affres de la passion,
La montée d’une profonde amertume
Menace d’emporter toutes les digues.

Au puits de la désespérance,
Mes yeux s’abreuvent d’une eau cristalline.
Un mascaret d’émotions s’épanche !

Cette innocente rosée
Se dépose au ras de cils vibrants,
Inonde mes joues diaphanes,

Aborde des lèvres arides,
-Assoiffées de baisers-
S’évanouie dans une cruelle viduité.


Un flot de sanglots secs… je sombre.

                                            Hélène mariau

jeudi 6 décembre 2018

TRAITS D'UNION




                                                      

Le blond Phébus joue à cache-cache, la rue de nuages poétise cette douce après -midi d’arrière-saison.

Tête-en-l’air, je siffle un vers d’oreille en m’acheminant piano-piano vers mon rendez-vous familier : Au Passe-Temps, en plein centre-ville. Montre en main, il est quatre-heures, l’en-cas ne saurait attendre. Passé la large porte-fenêtre, l’odeur du brûle-parfum me titille les narines, une huile essentielle anti-moustiques. Sur le bar, un rat-de-cave sur son bougeoir en fer forgé, un porte-œufs chromé à 6 places, le précieux tire-bouchon, le journal, quelques magasines et des Saint-Joseph, d’un doux orangé. Le calendrier de la poste, accroché au mur, à côté des w.-c. Devant le comptoir, quelques tabourets à quatre pieds. Dans la salle, au carrelage cabochon en terre cuite d’un brun terni, des petites tables en bois disposées çà et là, à la hauteur idoine, le petit écran. La patronne m’accueille, l’essuie-verre à la main ; Martine et Jean-Paul, son mari ont leur franc-parler, de braves gens.

Pause-café, café -crème et ma langue me dit vas-y, vas-y ! Le quatre-quatre est trop bon, pas comme cet étouffe chrétien que je m’oblige à manger religieusement chez  ma sœur pour ne pas froisser mon beau-frère, ce gâte-sauce ! Je lorgne aussi sur des cuisses-madame qui me font bien envie. Plus tard !

Je goûte, re-goûte la volupté de la vie, le bien-être de l’œil !

Elle est là, mamie Lucette, tricotant tranquillement. Son sachet-infusette citron-menthe déjà plongé dans son mug. Je l’aime bien cette grand-mère, de fil en aiguille, elle vous raconte des « en ce temps- là ».Vous êtes alors tout yeux tout oreilles.

Ce n’est pas un lieu washi-washa, toujours est-il que je me souviens de ce bel-esprit habillé à quatre épingles, connaisseur de belles-lettres, repéré avant-hier ; assis sur un tabouret, le Vert-galant ondule vers une éventuelle bien-aimée. Ivresse amoureuse encouragée par quelques fines bulles : un Mort dans l’après-midi, il ne se refuse rien. Même pas peur, comme dit mon neveu ! Il a laissé de côté – à ce qu’on a ouï-dire – la demi-mondaine au fume-cigarette fréquentant la maison de fois à autre ; à l’accoutumée, elle sirote son martini, absorbée par des romans à l’eau de rose.

Au comptoir, un doux pelleteux de nuages, un songe-creux, il pense à contre-courant ; poète idéaliste, il fait florès auprès de la patronne, admirative de son bien-dire, l’espace d’un entre deux verres – vers, elle-même s’évade à des années-lumière de son bar.

Une dame respectable entre, s’assoit et dévisage avec son face-à-main la clientèle. Scintille la pierre précieuse d’œil-de-chat, enchatonnée sur une bague en or gris, portée à l’index de sa main droite... un port avant-coureur d’autorité. Ses vêtements sont loin  – passez-moi l’expression – du décrochez-moi ça : tailleur ultra-chic, sombre, joliment assorti d’un chemisier en soie gorge-de-pigeon. Elle doit avoir une garde-robe très riche. Elle s’exprime avec hésitations trahissant un fort accent anglais. Sur-le-champ, elle dégage une méchanceté railleuse; une commande à l’emporte-pièce, son air pince-sans-rire éloigne tout rapprochement hâtif, cela s’entend. Sa présence dans ce lieu m’intrigue : une envie pressante de tea-time ? Non, un sherry-cobbler… Martine a de la bouteille, son tumbler est apporté à table subito-presto.

Le vieux Monsieur, voisin du bar, un retraité, ex- cheminot de la ligne Paris-Lille vient faire son PMU ; il ôte son couvre-chef – ah, le savoir-vivre ! Il est coquet, l’agréable parfum de son après-rasage se répand dans le bar. Il s’installe. La patronne l’entretient de la pluie et du beau temps puis lui sert son Saint-Emilion,  pas de gros-bleu chez Jean-Paul -- et un casse-croûte.

Roger, l’un des commerçants de la grand-rue, est le demi-frère du patron ; dans sa boutique, se côtoient pêle-mêle des trésors, objets rares, du bric-à-brac, c’est-à-dire quantité d’attrape-nigauds. En le voyant, le patron a posé sur le comptoir la Marie-Jeanne, le tord-boyau maison, d’après les on-dit. Roger est si boute-en train, un touche-à-tout, mais avec lui, pas de croque-en-jambe. Ils vident leurs verres d’un trait.

Un casse-pieds vient s’attabler vis-à-vis de moi. Il passe du coq à l’âne, bafouille un méli-mélo d’idées pâteuses ; ses paroles sont un non-sens. Son haleine empeste, je suis pris d’un haut-le-cœur, il a bu à tire-larigot. Il m’impatiente ! Ça sent le pousse-au-crime, croyez-moi ! Ne vous aveuglez pas, ce n’est pas du mauvais alcool dont je vous parle, vous voyez mieux ? Il est sauvé… il se lève. Arrivé au tiroir-caisse, il crie et accuse Martine de vol au rendez-vous quand celle-ci encaisse les boissons. Croyez-moi, avec la patronne, c’est toujours compté ric-rac ! Jean-Pierre, échauffé par Marie-Jeanne, n’est pas loin du corps-à-corps. Les deux hommes jouent au boute-hors ; il devrait faire attention le boit-sans-soif, le patron a été trois-quarts centre dans son jeune temps, il ne fait pas dans la demi-mesure ! Nul besoin de lui prêter main-forte ! Enfin, ils se calment, le casse-bonbons se sauve en maugréant.

Le policier municipal pénètre brutalement, un fric-frac a eu lieu, il recherche le hors-la-loi … pas le temps de faire une « halte-là » !  Il est sur le qui-vive et repart aussitôt. Moment trouble-fête ! Un faciès interlope n’a pas croisé notre chemin. Dans la rue, un tohu-bohu de voitures.

Sous peu le week-end, les fêtards franchissent la porte d’entrée, fiévreux. Un type avec son huit-reflets, sans-gêne, chante à tue-tête. Réaction mi-figue, mi-raisin de Jean-Paul sans quoi l’ancien rugbyman lui aurait proposé un brûlant tête à tête, pas en porcelaine celui-là !! Il aurait vite fait volte-face, n’est-ce-pas ? Une jeune fille en mini-jupe blanche, chemisier gris-noir, dont la voix aigre m’indispose – une espèce de pie-grièche--  l’accompagne, bras dessus, bras dessous avec une demoiselle tout aussi court-vêtue. À côté d’elles, en toilette criarde, laissant derrière lui un sillage embaumé, un soupirant … Ventre-saint-gris, comme disait Henry IV, plutôt un jeune muguet ! Lucette me jette une œillade sous-entendue. À la va-vite, un café sur le pouce et la joyeuse troupe se tire des flûtes (une telle expression, pour rester dans le milieu du breuvage !!)

Arrive le blanc-bec du village, l’habitant du lieu-dit Le Terrier, un ramasse-ton-bras comme pas un ; il fanfaronne, plastronne, prend des airs avantageux  mais c’est un prétentieux sans moyens ; un brin paumé, mi- ange, mi- démon, un lève-tard de sa génération, adepte des repas-minute, soupe au lait. Pas question de le prendre à rebrousse-poil ! Il ne faut pas grand-chose… un regard de travers et les coups-de-poing s’agitent. Un tout-fou ! Sa boisson : une pale-ale. Je l’observe mi- attendri mi- amusé.

Dans un coin, à l’écart, un trentenaire, à vue d’œil. Jusque-là, il était demeuré sur son quant-à-soi, plongé dans un journal. A mon hochement de tête amical, il salue à grand-peine avec un sourire timide. Peut-être nourrit-il des souvenirs plein de charme ou est-ce des crève-cœur ? Si j’osais, je lui offrirais un petit verre d’esprit-de-vin pour soigner ces maux. Tout à mes pensées, je tressaillis lorsque le patron empoigne mon avant-bras. Il s’assoit et nous sommes pris d’un fou-rire. Il m’invite à trinquer, porter un toast – je le comprends à demi-mots. Il me verse une généreuse rasade d’eau-de-vie ;  je ne crains pas un casse-patte, je redoute par-dessus-tout, un Trois-six, car ça va chauffer à tout-va : griserie d’une folle après-midi ! Fort heureusement, ce pousse-café est vieilli à souhait, juste ce qu’il faut pour avoir un goût de reviens-y. Nouvelle tournée du patron, allons-y pour la rincette ! Ci- devant émoustillé par la Marie-Jeanne, la langue de Jean-Pierre se délit. À brûle-pourpoint, il me confie, entre deux amuse-gueule, qu’il va être grand-père ; sa belle-fille attend son nouveau-né pour le mois prochain, une Cendrillon ou un petit Diablotin, blague-t-il  - à dorloter sans modération ! Le bien-aise se  lie sur son visage. Quelle confidence ! J’en suis fier… pas de faux-semblant d’amitié Au Passe-Temps.  

Quand je sors du bar, à peu-près sobre, le ciel est balayé par un Zéphyr rafraîchissant – un agréable remontant, sans alcool ce coup-là ! Une belle et jeune trotte-menu traverse la route accompagnée d’un chow-chow. A son passage, je me range sur le bas-côté et me saoule d’une exquise senteur, envoûtante (le sent-y bon de ma chère mère quand j’étais enfant) ; sur son front, des accroche-cœurs. Elle est un arc-en-ciel, ce clair-obscur propice au rêve d’une rencontre où je lui offrirai un Coucher de soleil doré ou une Rose de la nuit. Je ne suis pas un croque-madame. Si je donne parole, ce n’est pas un écoute-s’il-pleut. Je veux juste un douillet et tendre pied-à-terre à partager. Elle s’éloigne. Vais-je la revoir ? C’est une quasi-certitude, je croise les doigts, un soi-disant porte-bonheur… 

Je suis un Roger-Bontemps, je me moque du qu’en-dira-t ’on. Au Passe-Temps, des traits d’union, composites, familiers, subtils se forment ; le train-train ordinaire, le mal-être sont ponctués par des intermèdes salutaires. Ainsi, passe la vie dans un va-et-vient de rencontres, de sentiments, d’émotions où chacun peut à plaisir fraterniser. Tous les à-côtés que j’aime.